Numéro 4

N° 4 | 2017 – Matérialismes Féministes

Feminist Materialisms

Coordination

Maxime Cervulle et Isabelle Clair

Version électronique téléchargeable en libre accès, en intégralité et par articles séparés.

Numéro intégral

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Introduction

Maxime CERVULLE et Isabelle CLAIR
Lire entre les lignes : le féminisme matérialiste face au féminisme poststructuraliste (p. 1-22)
Reading between the lines: French materialist feminism facing poststructuralist feminism

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Manifeste

Michèle BARRETT
Idéologie et production culturelle du genre (p. 23-43)
Ideology and the cultural production of gender
(traduit de l’anglais par Clémence Garrot-Hascoët)

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Rencontre

Barbara BALZERANI et Marco DELL’OMODARME
« Être une prolétaire est ce qui m’a poussée à adhérer à la lutte armée » : Entretien avec Barbara Balzerani (p. 44-54)
“Being a proletarian woman is what drove me to join the armed struggle”: Interview with Barbara Balzerani
(traduit de l’italien par Marco Dell’Omodarme)

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Frictions

Maira ABREU
De quelle histoire le ‘féminisme matérialiste’ (français) est-il le nom ? (p. 55-79)
To which history does the (French) « Materialist feminism » give a name ?

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[Résumé/Abstract]

Stéphanie KUNERT
L’analogie « sexisme/racisme » : une lecture de Wittig (p. 80-99)
A reading of Wittig’s comparison of sexism and racism

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[Résumé/Abstract]

Tim LIBRETTI
Parias sexuels et lutte des classes : Repenser l’histoire et la conscience de classe selon une perspective queer (p. 100-118)
Sexual outlaws and class struggle : rethinking history and class consciousness from a queer perspective
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Clémence Garrot-Hascoët)

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[Résumé/Abstract]

Samantha FROST
Ce que les néo-matérialismes font à l’épistémologie féministe (p. 119-133)
The implications of the new materialisms for feminist epistemology
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Clair et Marion Coville)

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[Résumé/Abstract]

Arsenal

Noémi MICHEL
« ‘‘Analyse critique et féminismes matérialistes’’, Cahiers du Genre, hors-série 2016, coordonné par Annie Bidet-Mordrel,
Elsa Galerand et Danièle Kergoat » (p. 134-137)

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Delphine CHEDALEUX
« Florence Tissot et Sylvie Tissot, Je ne suis pas féministe mais…, [DVD], LMSI, 2015 » (p. 138-141)

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Résumés / Abstracts

Maira ABREU
De quelle histoire le ‘féminisme matérialiste’ (français) est-il le nom ? (p. 55-79)

Résumé : Le « féminisme matérialiste » constitue un des courants théoriques majeurs de la pensée féministe en France. Les concepts de classe des femmes, sexage, patriarcat ainsi que les noms de Christine Delphy, Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Monique Wittig et Paola Tabet sont le plus souvent associés à ce courant. Cet article propose de replacer ce dernier dans son contexte socio-historique et théorique d’origine en se concentrant sur un moment précis et particulièrement riche pour le féminisme : les années 1970. L’objectif est de fournir des éléments permettant de comprendre le cadre historique et théorique dans lequel ces analyses ont émergé et évolué, les débats qui se sont développés en son sein et hors de lui, ainsi que ses reformulations ultérieures. Il s’agit aussi d’interroger les fondements de la construction de ce que l’on tend aujourd’hui à décrire comme une tradition de pensée, voire une école. Comment s’est faite, et sur quelle base, la rencontre de personnes ayant des « préoccupations » communes et un lexique partagé ? En opposition à quelles approches, ces auteures se sont-elles rassemblées ? On cherche dans cet article à mettre en exergue l’historicité du contenu théorique du « féminisme matérialiste » ainsi que certains enjeux de sa labellisation contemporaine.
[Sommaire]

Abstract: “Materialist Feminism” is one of the major theoretical currents of feminist thought in France. Concepts of women’s class, sexage, patriarchy and names of Christine Delphy, Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Monique Wittig and Paola Tabet are frequently associated with this current. This article proposes to place Materialist Feminism in its original socio-historical and theoretical context, focusing on a specific and particularly rich moment for feminism: the seventies. The aim is to provide insights into the historical and theoretical framework within which the Materialist Feminism has emerged and evolved, to understand the debates that have developed within and outside of it, and its subsequent reformulations. It is also a matter of questioning the construction basis of what is nowadays considered a tradition of thought, or even a school. How, and on what basis, was the meeting of people with common « concerns » and a shared lexicon? Opposing to what approaches have these authors assembled? In this article, we seek to bring out the historicity of the theoretical content of « materialist feminism » as well as certain issues of labelling.
[Summary]

Stéphanie KUNERT
L’analogie « sexisme/racisme » : une lecture de Wittig (p. 80-99)

Résumé : Dans les discours féministes des années 1970-80, l’esclavage (et plus particulièrement celui de la traite transatlantique des Noir-es) est souvent comparé avec l’exploitation de la classe des femmes dans le patriarcat. Cette analogie va de pair avec une comparaison du sexisme avec le racisme, et constitue à l’époque un argument rhétorique pour faire entendre la cause des femmes au sein des mouvements de gauche à dominance masculine. Mais cette analogie relativise l’horreur de l’esclavagisme comme fait historique et empêche la conceptualisation croisée des rapports d’oppression. Cet article porte sur cette analogie dans l’œuvre théorique et littéraire de Monique Wittig, théoricienne et écrivaine féministe matérialiste. Dans cette œuvre, l’analogie est incarnée par une figure, celle de la lesbienne marronne, sujet politique en fuite hors du patriarcat – qui est comparée aux esclaves marrons ayant fui les plantations américaines. Critiquée en raison d’une conception analogique des rapports d’oppression, Wittig a aussi inversement été célébrée comme auteure d’une œuvre préfigurant le féminisme postcolonial. Afin de comprendre à quoi tiennent ces interprétations divergentes, on a mené une étude des formes et usages de l’analogie dans l’œuvre de Wittig, après avoir historicisé cette analogie et sa mise en question – ce afin de contribuer à la lecture des débats actuels sur les rapports entre les différents systèmes d’oppression.
[Sommaire]

Abstract: In the European and American feminist discourses of the 1970-80’s, slavery (and more precisely the transatlantic slave trade) was often compared with the exploitation of the women’s class within patriarchy. This analogy goes along with a comparison of sexism with racism, and serves as a rhetorical argument to defend women’s cause within the left-wing movements (which tends to be dominated by men). But this analogy attenuates the real horror of the slavery as a historical fact and cognitively impeaches a crossed vision of oppressive systems. This article examines the analogy in the theoretical and literary work of French materialist feminist Monique Wittig. In her writings, the analogy between slavery and women’s exploitation (and between sexism and racism) is incarnated by a literary figure, the “lesbienne marron” (a lesbian who as a political subject escapes the hetero-patriarchy, and is compared by Wittig to the runaway slaves who escaped the plantations). Wittig is criticized for her analogical approach of oppressive systems. But she was also inversely celebrated as a prefiguration of postcolonial feminism. In order to understand the reasons for such divergent readings of Wittig, this article will examine the forms and uses of the analogy (slavery/women’s exploitation and sexism/racism). First we will approach the history of the analogy within the (white) feminist movements and then question the analogy, hoping to contribute in today’s debate on the intersection and relations between several systems of oppression.
[Summary]

Tim LIBRETTI
Parias sexuels et lutte des classes : Repenser l’histoire et la conscience de classe selon une perspective queer (p. 100-118)

Résumé : Initialement publié dans un numéro thématique de la revue College English consacré à la prise en compte de la classe sociale dans les English studies, cet article vise à incorporer une perspective « queer » (dite aussi « radicale gay ») dans l’analyse littéraire états-unienne. Il s’agit de produire des récits de la lutte des classes et des processus de construction de la conscience de classe dans une relation dialectique avec les oppressions de genre, de race et de sexualité. À partir des travaux d’écrivains anticapitalistes tels que John Rechy et James Baldwin, l’article entend bousculer les conceptions de la politique de l’identité à l’œuvre dans le mouvement de libération gay mais aussi, et différemment, dans la pensée de gauche. Cette dernière tend à universaliser la classe et à cantonner la race, le genre et la sexualité dans des luttes spécifiques, refusant de reconnaître que la classe ne peut être vécue qu’à travers la race, le genre et la sexualité. De son côté, le mouvement de libération gay tend à occulter que l’identité queer puisse jouer un rôle dans le positionnement au sein de la structure de classe ou que l’homosexualité puisse être perçue de façon diverse selon les cultures présentes aux États-Unis. Organisant la rencontre entre les écrits gays de Rechy et Baldwin et le marxisme, l’article entend « queeriser » la tradition littéraire marxiste états-unienne et promouvoir la prise en compte d’identités imbriquées et non plus pensées de manière isolée comme si elles découlaient de processus historiques indépendants.
[Sommaire]

Abstract: First published in an issue of College English dedicated to class in English studies, this essay seeks to incorporate a « queer » (also called « radical gay ») perspective in the U.S. literary criticism tradition. It proposes narratives of class struggle and constructions of class consciousness in dialectical relation with gender, race and sexuality oppressions. By discussing anticapitalist writers such as John Rechy and James Baldwin, this essay challenges conceptions of identity politics in both the gay liberation movement and the left. The last one has universalized class and refused to understand class as lived through race, gender, and sexuality. The liberation gay movement, for its part, fails to understand that one’s queer identity does play a role in positioning one within the class structure or that homosexuality may be received differently in various cultures in the U.S. By staging an encounter between Marxism and the gay writings of Rechy and Baldwin, this essay seeks to « queer » the marxist literary tradition in the U.S., in order to think identites as imbricated and not as separate aspects from separate histories.
[Summary]

Samantha FROST
Ce que les néo-matérialismes font à l’épistémologie féministe (p. 119-133)

Résumé : Les féministes menant des recherches dans les domaines de la physique et des sciences du vivant rejettent de plus en plus l’idée de la passivité ou de l’inertie de la matière et de la biologie, reconnaissant au contraire leur capacité d’agir sur les phénomènes de ce monde ainsi que sur les comportements sociaux et politiques. Un tel travail, fondateur des « néo-matérialismes », remet en cause les modèles linéaires de causalité qui soutiennent les analyses constructivistes des manières dont le pouvoir façonne les sujets et les objets de savoir. Il met au défi les épistémologies féministes de développer des modèles de causalité et d’explication capables de rendre compte des interactions complexes à travers lesquelles le social, le biologique et le physique émergent, se maintiennent et se transforment.
[Sommaire]

Abstract: Feminists drawing on the physical and biological sciences increasingly repudiate the notion that biology and matter are passive or inert and instead recognize the agency of biology or matter in worldly phenomena and social and political behavior. Such ‘new materialist’ work challenges the linear models of causation that underlie constructivist analyses of the ways power shapes the subjects and objects of knowledge. It provokes feminist epistemologists to develop models of causation and explanation that can account for the complex interactions through which the social, the biological, and the physical emerge, persist, and transform.
[Summary]

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