Numéro 5

N° 5 | 2017 – Le sexe de la révolution

The sex of revolution

Coordination

Morgane Merteuil et Matthieu Renault

Version électronique téléchargeable en libre accès, en intégralité et par articles séparés.

Numéro intégral

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Introduction

Morgane MERTEUIL et Matthieu RENAULT
Le sexe de la révolution (p. 1-5)

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Manifeste

Louise TOUPIN
Un « embryon d’Internationale des femmes » : le Collectif féministe international, 1972-1977 (p. 6-19)

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Rencontre

Barucha PELLER et Matthieu RENAULT
Pour un féminisme des barricades (p. 20-26)

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Traductions

Andreï PLATONOV
Antisexus (1926)
(traduit du russe par Arthur Clech et Fabien Rothey)

Suivi d’analyses par Aaron SCHUSTER (traduit de l’anglais par Clémence Garrot-Hascoët) et Arthur CLECH (p. 27-50)

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Alexandra KOLLONTAÏ
Thèses sur la morale communiste dans le domaine des relations conjugales (1921) (p. 51-58)
(traduit du russe par Fabien Rothey)

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Frictions

Arthur CLECH
Révolutions russes : l’émergence et l’affirmation d’une conscience de soi homosexuelle ? (p. 59-77)

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[Résumé/Abstract]

Caroline FAYOLLE
L’universalisme en conflit. Trois féministes européennes dans la Révolution française (p. 78-92)

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[Résumé/Abstract]

Eleonora SELVATICO
La dissolution de la famille dans l’utopie de Carla Lonzi. De la reconnaissance d’une société égalitaire dystopique à la réciprocité utopique d’une communauté différente (p. 93-107)

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[Résumé/Abstract]

Hourya BENTOUHAMI
Notes pour un féminisme marron. Du corps-doublure au corps propre (108-125)

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[Résumé/Abstract]

Arsenal

Thomas VOLTZENLOGEL
(In)actualité du cinéma féministe ?
À propos de Carole Roussopoulos, Caméra militante. Luttes de libération des années 1970, Quai Capo-d’Istria, Metis Presse, 2010, Johanna Demetrakas, Womanhouse (1974), édition DVD Le Peuple qui manque, 2013 et Lizzie Borden, Born in Flames (1983), First Run Features, 2006 (p. 126-129)

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Morgane MERTEUIL
Faire le ménage … et la révolution
À propos de Dolores Hayden, The Grand Domestic Revolution. A History of Feminist Designs for American Homes, Neighborhoods, and Cities, Cambridge, MA, MIT Press, 1981. (p. 130-133)

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Résumés / Abstracts

Arthur CLECH
Révolutions russes : l’émergence et l’affirmation d’une conscience de soi homosexuelle ? (p. 59-77)

Résumé : Un discours en forme de défense esthétique et morale de l’homosexualité émerge après la Révolution de 1905, anticipant la dépénalisation de l’homosexualité masculine par les bolcheviks. Les révolutions, au pluriel, celles de 1905, de février 1917 et d’Octobre 1917, ouvrent des questions permettant de penser différemment le genre et la sexualité. Une généalogie des discours peut être décrite ainsi : de la défense morale, esthétique et religieuse de l’homosexualité, après 1905, on passe à une défense politique. D’une part, celle-ci prend appui sur la dépénalisation de 1922, dont le langage inédit se débarrasse des catégories de genre et engage ainsi à ne pas spécifier les identités sexuelles. D’autre part, elle exprime à la première personne des revendications collectives politiques au nom d’une camaraderie révolutionnaire dont la dimension inclusive est soulignée. Le roman d’Andreï Platonov, Tchevengour, permet d’explorer l’indifférenciation qu’implique, au cours des années 1920, la camaraderie, sans trancher sur les ambiguïtés riches en ouvertures possibles – s’agit-il d’amitié, d’amour, et si oui, de quel amour ? –, tout en posant la question de l’émancipation des femmes qui ont pu s’approprier les codes de cette camaraderie masculine. Le récit d’Isaac Babel Mes premiers honoraires offre pour sa part un aperçu de la porosité, sous certaines conditions, des identités de genre et de sexualité.
[Sommaire]

Abstract: A discourse based upon an aesthetic and moral defense of homosexuality appeared in the aftermath of the 1905 revolution, paving the way to the decriminalisation of homosexuality by the Bolsheviks. The revolutions, in the plural, that of 1905, February and October 1917, open questions that allow a new understanding of gender and sexuality. This genealogy of discourses could be described as follows: there is a move from the possibility of a moral, aesthetic and religious discourse on homosexuality, after 1905, to a genuine political defense. On the one hand, this political defense rests upon the 1922 decriminalisation whose new language deliberately omits categories of gender, and makes it possible not to specify sexual identities. On the other hand, it expresses, in the first person, collective political claims in the name of revolutionary comradeship whose inclusiveness is thus underlined. In the 1920s, Andrei Platonov’s novel, Chevengour, explores what may be referred to as indifferentiation resulting from comradeship, without solving ambiguities which can open a wide range of possibilities – is this friendship or love, what kind of love is it? etc. – and raises the question of the emancipation of women who could make this masculine code of comradeship theirs. Isaac Babel’s short story My First Fee shows the extent to which, under certain conditions, gender and sexual identities are porous.
[Summary]

Caroline FAYOLLE
L’universalisme en conflit. Trois féministes européennes dans la Révolution française (p. 78-92)

Résumé : La notion d’universalisme, qui est au cœur de débats politiques actuels, suscite pendant la Révolution française des conflits d’interprétation. Pour restituer certains d’entre eux, cet article se propose d’analyser la conception de l’universalisme défendue par trois militantes féministes étrangères engagées dans le processus révolutionnaire : Mary Wollstonecraft, Théroigne de Méricourt et Etta Palm d’Aelders. Croisant les trajectoires sociales et politiques de ces femmes, il s’agit de montrer que leur expérience d’une double exclusion – en tant que femmes et étrangères – leur a permis de pointer les contradictions de l’universalisme abstrait défendu par les dirigeants révolutionnaires. Chacune à leur manière, elles dessinent des voies pour concrétiser pour les femmes la promesse d’émancipation portée par la Révolution. L’éducation nouvelle pour les deux sexes, la prise d’armes par les femmes et l’articulation des luttes contre d’autres formes d’oppression constituent différents moyens pour faire advenir une égalité réelle. Mais, marquées par les stigmates liés à leur statut d’étrangère et à leur vie sexuelle transgressive des normes de féminité, ces trois féministes sont victimes d’un rappel à l’ordre tant physique que symbolique. Leurs positions, si elles ont été délégitimées, ouvrent aujourd’hui des perspectives pour penser un autre universalisme, pluriel et hybride, sans cesse reconfiguré par les résistances aux rapports de domination.
[Sommaire]

Abstract: The notion of universalism at the heart of current political debates also fueled conflicting interpretations during the French Revolution. This article will review competing viewpoints on universalism by analyzing the notion from the perspective of three foreign feminist activists involved in the revolutionary process: Mary Wollstonecraft, Théroigne de Méricourt and Etta Palm d’Aelders. Examining the social and political trajectories of these women will demonstrate how their dual experience of exclusion as women and as foreigners enabled them to pinpoint contradictions in the abstract universalism defended by revolutionary leaders. Each of them blazed a trail meant to fulfill for women the promise of emancipation made by the Revolution. Establishing progressive education for both sexes, arming women, and putting struggles against other forms of oppression into words were just some of the means they employed to bring about real equality. However, stigmatized because they were foreigners and because they transgressed sexual norms for women, all three feminists were subjected to both physical and symbolic repression. Though their positions were delegitimized in the past, they are now opening up pathways to conceive a different universalism, one that is plural and hybrid, endlessly reconfigured by the many resistances to forms of domination.
[Summary]

Eleonora SELVATICO
La dissolution de la famille dans l’utopie de Carla Lonzi. De la reconnaissance d’une société égalitaire dystopique à la réciprocité utopique d’une communauté différente (p. 93-107)

Résumé : Carla Lonzi participe en 1970 au débat sur la crise de la Raison qui, en Italie, a mobilisé les philosophes pour sauver la raison du spectre de l’irrationnel davantage que pour l’habiter comme expérience catastrophique. Mythe fondateur du féminisme de la différence, Lonzi incite à aller au-delà de son symbole. Cet article cherche à faire dialoguer Lonzi avec la pensée faible de Pier Aldo Rovatti. Cette mise en relation permet de faire du féminisme de Rivolta Femminile une forme d’utopie concrète, capable de transformer le concept de différence en un lieu spatio-temporel vital de rupture avec la tradition de la reductio ad unum. Unité et continuité du sujet sont vécues comme des modèles de rapports patriarcaux, nationalistes et capitalistes qui se reproduisent à l’intérieur de la famille. En habitant, et plus précisément en incarnant, la distance entre sujet et réalité – un lieu paradoxal à la fois de rationalisation et d’aliénation, qui implique des expériences de décorporalisation –, Lonzi se sépare de l’attitude prédatrice du pouvoir et s’affirme dans la vie comme « sujet imprévu ». L’utopie lonzienne est à la fois expérience et attitude, une forme d’orientation devenue exercice : la pratique de l’autoconscience.
[Sommaire]

Abstract: In the seventies, Carla Lonzi participated in the debate on the crisis of Reason that, in Italy, mobilized the philosophers in order to save reason from the specter of the irrational rather than to live it as a catastrophic experience. Lonzi pushes to go beyond the symbol of this founding myth of difference feminism. This article places Lonzi into a dialogue with Pier Aldo Rovatti’s weak thought. This relationship of voices enables to conceive Rivolta Femminile as a concrete utopia that turned the concept of difference into a vital space-time that breaks with the reductio ad unum tradition. The unity and continuity of the subject are lived as models of patriarchal, nationalist and capitalist relationships, which are reproduced within the family. Inhabiting, through incarnation, the distance between the subject and the realty – paradoxical place common to rationalization and alienation that both involve a decorporealization experience -, Lonzi, by distancing herself from the predator attitudes of Power, asserts herself within life as being an “unexpected subject”. Lonzi’s utopia is simultaneously experience and attitude, and even an orientation becoming exercise: the practice of consciousness-raising.
[Summary]

Hourya BENTOUHAMI
Notes pour un féminisme marron. Du corps-doublure au corps propre (108-125)

Résumé : L’histoire du marronnage nous permet de repenser l’importance d’un féminisme de la libération qui se distingue du simple affranchissement. Les femmes qui marronnaient étaient loin d’être des personnes secondaires dont les expériences se résorberaient derrière celles de l’homme marron. Car même si elles ont été vraisemblablement souvent minoritaires au sein des communautés marronnes, l’importance et la signification de leur rôle sont indéniables et sont même révélatrices du potentiel émancipateur du marronnage, au-delà de la simple fuite hors de la plantation. L’utopie dont le marronnage est porteur pour le féminisme est donc entièrement à élucider et réside dans les stratégies déployées pour fuir le « dédoublement » mortifère des corps dans l’esclavage où les esclaves – a fortiori les femmes – deviennent des corps « doublures » qui endossent le soin et la réparation du corps du maitre et de la maitresse. La réflexion sur cette histoire du marronnage d’un point de vue féministe – et au prisme de la notion de « doublure » – permet ainsi de repenser la revendication « notre corps nous appartient » dans une perspective qui dénoue l’idée d’une appréhension du corps à partir de la notion de propriété individuelle.
[Sommaire]

Abstract: The history of marooning enables us to rethink the importance of a feminism of liberation different from mere manumission from slavery. The women who were marooning were far from being secondary persons whose experiences could be absorbed behind those of the maroon male. Even if they were probably often a minority in Maroon communities, the importance and significance of their role are undeniable and reveal the emancipatory potential of marronage, beyond the simple escape from the plantation. The translation of the utopia of marronnage to feminism is therefore entirely to be elucidated and lies in the strategies deployed to escape the deadly « splitting » of bodies into slavery, where slaves – especially women – become « lining » bodies who endorse the care and repair of the body of the master and the mistress. The reflection on this history of marronnage from a feminist point of view – and the prism of the notion of « lining » or “double body” – thus enable us to rethink the claim « our body, our property » in a perspective that unties the emancipatory apprehension of the female body from the concept of individual property.
[Summary]

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