Numéro 6

N° 6 | 2018 – Chiennes

Bitches

Coordination

Francesca Arena et Elsa Dorlin

Version électronique téléchargeable en libre accès, en intégralité et par articles séparés.

Numéro intégral

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Introduction

Francesca Arena et Elsa Dorlin
Introduction : Chiennes (p. 1-8)

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Manifeste

Hélène Mourrier
CYBITCH : le devenir chienne-cyborg (p. 9-13)

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Traductions

Carla Freccero
La virilité carnivore ou le Devenir-chien (p. 14-30)
(traduit de l’anglais par Marion Tillous, avec l’aide de Carla Freccero, Francesca Arena et Elsa Dorlin)

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Frictions

Alejandra del Rocío Bello Urrego
Souveraineté, contrôle territorial et déshumanisation du corps féminin dans les nouvelles formes de la guerre (p. 31-41)

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[Résumé/Abstract]

Luc Schicharin
L’esthétique antispéciste des chiennes, vers une performance femelliste ? Réflexions autour de la construction d’un corps post-humain chez les artistes femmes/féministes (p. 42-58)

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[Résumé/Abstract]

Nathalie Grandjean
Éléments pour une éthico-politique chienne. À propos du Manifeste des espèces compagnes de Donna Haraway (p. 59-72)

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[Résumé/Abstract]

Mathilde Royet
L’écoféminisme végane et le modèle des oppressions : entre intersectionnalité et primauté du patriarcat (p. 73-88)

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[Résumé/Abstract]

Arsenal

Marion Tillous
Carol J. Adams, La politique sexuelle de la viande. Une théorie critique féministe et végétarienne, Lausanne, l’Âge d’Homme, 2016. (p. 89-92)

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Antonio Mercuri
“DEP, Deportate, esuli, profughe”, Rivista telematica di studi sulla memoria femminile, n° 23, luglio 2013, Femminismo e questione animale, Guest Editor: Annalisa Zabonati.  (p. 93-100)

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Matthieu Renault
Des femmes et des animaux. À propos de Josephine Donovan, « Animal rights and feminist theory » (1990) ; Deborah Slicer, « Your daughter or your dog? A feminist assessment of the animal research issue » (1991) ; Brian Luke, « Justice, Caring, and Animal Liberation » (1992). (p. 101-104)

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Saverio Caponi
L’attesa e il divenire. Note di lettura su: Mélodie. Chronique d’une passion, di A.Mizubayashi, pref. R. Grenier, Paris, Gallimard, 2013. (p. 105-108)

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Résumés / Abstracts

Alejandra del Rocío Bello Urrego
Souveraineté, contrôle territorial et déshumanisation du corps féminin dans les nouvelles formes de la guerre

Résumé : Les nations latino-américaines se sont construites sur la division ontologique entre l’être et le non-être. Cette division a créé une séparation entre une population « métissée », objet de la gouvernance étatique, et « les autres » – sur lesquels l’État n’a pas déployé des techniques d’inclusion dans la communauté concitoyenne. Ces autres étaient pour la plupart des peuples afrodescendants et indigènes, habitant des régions rurales ou éloignées des centres administratifs. Les territoires habités par ces autres, auparavant oubliés de l’action étatique, ont été inclus dans les dynamiques économiques transnationales, propres à la période néolibérale du capital, à travers des processus de conquête menés par des armées privées à partir des années 1990. Le cas colombien montre que, dans cette période du capital, l’exercice de la souveraineté repose plus sur l’action de faire souffrir que sur celle de faire vivre ou de faire mourir. L’action de faire souffrir et de doser cette souffrance devient l’expression ultime de la souveraineté sur un territoire. Cet article cherche à montrer que cette forme de souveraineté s’articule sur la négation de l’appartenance au statut d’humain à certaines femmes, c’est-à-dire la « femellisation » de certains corps féminins. La norme de genre eurocentrique y devient le paramètre pour définir les frontières entre les corps féminins. Les femmes placées aux marges des normes de genre sont exclues du statut d’humain, devenant des objets légitimes de la cruauté. Ces corps féminins deviennent ainsi les corps sacrificiels par excellence, et « l’injection publique de cruauté » que leur infligent les armées privées joue un rôle clé dans la consolidation de la souveraineté de ces groupes armés sur les territoires habités par les « autres » des nations modernes.
[Sommaire]

Abstract: Latin American nations have been built on the ontological division between being and non-being. This division has created a separation between a “mixed” population, object of state governance, and “the others”, on which the state has not deployed techniques of inclusion in the citizen community. These others were mostly Afro-descendant and indigenous peoples living in rural areas or remote areas from administrative centers. The territories inhabited by these others, previously forgotten by state action, were included in the transnational economic dynamics, peculiar to the neoliberal period of capital, through conquest processes led by private armies from the 1990s onwards. The Colombian case shows that, in this period of capital, the exercise of sovereignty rests more on the action of making suffer than on that of making live or of making die. The action of making suffer and measuring out of this suffering becomes the ultimate expression of sovereignty over a territory. This article seeks to show that this form of sovereignty revolves around the denial of human status to certain women, that is the “femalization” of certain female bodies. The eurocentric gender norm becomes the parameter for defining the boundaries between female bodies. Women on the margins of gender norms are excluded from human status, becoming legitimate objects of cruelty. These female bodies thus become the sacrificial bodies par excellence, and the “public injection of cruelty” inflicted on them by the private armies plays a key role in the consolidation of the sovereignty of these armed groups in the territories inhabited by the “others” of the modern nations.
[Summary]

Luc Schicharin
L’esthétique antispéciste des chiennes, vers une performance femelliste ? Réflexions autour de la construction d’un corps post-humain chez les artistes femmes/féministes

Résumé : Cet article s’intéresse aux croisements entre les théories féministes et antispécistes au sein des pratiques artistiques qui abordent la question de l’interspécificité. Notre travail examine plus précisément les usages esthétiques de l’animal dans la création plasticienne féministe et relève trois problématiques au sein de ces expériences artistiques : 1. la question des pratiques du corps et de la nudité dans des performances qui invitent à penser le rapport entre féminisme et l’antispécisme (Kira O’Reilly et Miru Kim). 2. La présence d’un discours anti-porno au sein du féminisme antispéciste qui critiquent l’analogie entre l’industrie de la viande animale et l’industrie sexuelle qui exploite le corps des femmes, alors que des artistes féministes utilisent précisément l’allégorie de l’animalisation des femmes pour créer un corps d’opposition au régime du pouvoir patriarcal et à l’anthropocentrisme (Rose English, Kira O’Reilly). 3. Les recherches artistiques menées autour de l’hybridation qui utilisent la technologie pour mélanger les espèces et inventer un corps post-humain (Marion Laval-Jeantet). Nous postulons que ces divers modes d’identification politique aux animaux chez les artistes féministes, impliquant de nouvelles performances en compagnie d’espèces non-humaines, contribuent à la construction d’une esthétique femelliste.
[Sommaire]

Abstract: This article focuses on the crossings of the antispecist and the feminist theories within the artistic practice which approach the issue of interspecificity. This work examines, more exactly, the aesthetic uses of the animal in feminist visual art creation and identifies three problems within these artistic experiences : 1. the question of the practices of the body and the nudity in this performance art which invite to think of the report(relationship) between feminism and the antispécisme (Kira O’Reilly and Miru Kim). 2. The presence of an anti-porn discourse within antispecist feminism that criticizes the analogy between the industry of animal meat and the sexual industry which exploit the female bodies, while feminist artists use this allegory of the animalization of women to create a body of opposition to the regime of patriarchal power and anthropocentrism (Rose English, Kira O’Reilly). 3. The artistic research on hybridization that uses technology to mix species and invent a post-human body (Marion Laval-Jeantet). We postulate that these various modes of political identification with animals among feminist artists, involving new performances with non-human species, contribute to the construction of a femalist aesthetics.
[Summary]

Nathalie Grandjean
Éléments pour une éthico-politique chienne. À propos du Manifeste des espèces compagnes de Donna Haraway

Résumé : Dans The Companion Species Manifesto (2003), Haraway désigne le chien comme nouvelle proposition éthique et politique pour penser la technoscience et l’avenir du féminisme, après la figure marquante du cyborg qu’elle avait travaillée précédemment. D’abord, cet article présente les raisons pour lesquelles Haraway passe du cyborg au chien, montrant la transition d’une figure oppositionnelle à une ontologie relationnelle ; ensuite, un aperçu des différentes histoires et récits de biosocialités et biopolitiques canines, et montre ensuite le sens d’inclure ce genre de récits dans ce manifeste. Sont abordés après les différents enjeux philosophiques, éthiques et politiques de ce deuxième manifeste. D’abord, il faut souligner l’importance de la relationnalité. La relationnalité chien-humain est paradigmatique des naturecultures émergentes. Au cœur de la définition des espèces compagnes, Haraway affirme que rien ne préexiste à la relation. Ensuite, l’article montre comment les espèces compagnes deviennent la figure permettant de penser à nouveaux frais les naturecultures émergentes, s’ouvrant à une dimension éthique nourrie d’écologie et de connexionnisme.
[Sommaire]

Abstract: In The Companion Species Manifesto (2003), Haraway refers to the dog as a new ethical and political proposition to think technoscience and the future of feminism after the prominent cyborg figure she had previously worked on. First, this article presents the reasons why Haraway passes from cyborg to dog, showing the transition from an oppositional figure to a relational ontology; then an overview of the different stories and narratives of canine biosocial and biopolitics, and then shows the meaning of including such stories in this manifesto. Then the various philosophical, ethical and political stakes of this second manifesto are deployed. First, the importance of relationality must be emphasized. The dog-human relationship is paradigmatic of emerging naturecultures. At the heart of the definition of companion species, Haraway asserts that nothing pre-exists in the relationship. Then, the article shows how the companion species become the figure allowing to think again the emerging naturecultures, opening to an ethical dimension nourished of ecology and connectionism.
[Summary]

Mathilde Royet
L’écoféminisme végane et le modèle des oppressions : entre intersectionnalité et primauté du patriarcat

Résumé : Le but de cet article est de proposer une analyse du modèle d’interaction des dominations proposé par les écoféministes véganes. Le mot d’« intersectionnalité » se répand dans les théories animalistes comme dans le militantisme végane ou antispéciste. L’article propose de se concentrer sur la façon dont les pionnières de la compréhension croisée de l’oppression des animaux et des oppressions intra-humaines – en particulier le patriarcat – se sont approprié le concept en examinant le cadre théorique choisi pour penser la situation des animaux, à savoir celui de l’oppression. Le deuxième moment de la réflexion explore les revendications de réflexion intersectionnelle et les problèmes qui devraient se poser dès lors que l’on souhaite inclure le spécisme dans le réseau des dominations intersectionnelles. Enfin, est exposé dans un troisième moment ce qui semble être la véritable articulation des oppressions chez les écoféministes, en particulier du patriarcat et du spécisme, à savoir la primauté du patriarcat comme système de domination comprenant et soutenant l’exploitation et la consommation des animaux.
[Sommaire]

Abstract: The aim of this article is to analyse the way vegan ecofeminist conceive the interactions between oppressions. The word « intersectionality » flourishes in antispeciesist theories as well as in vegan or antispecist militancy. The article wants to focus on how the pioneers of cross-understanding of animal oppression and intra-human oppression have integrated this concept. This must be done by examining the theoretical framework vegan ecofeminists use to think about animals – that is to say the “oppression” framework. The second moment of the reflection explores the claims of intersectional reflection as well as the problems that should arise when one wishes to include speciesism in the network of intersectional oppressions. Finally, what appears to be the true articulation of oppressions (especially patriarchy and speciesism) among ecofeminists, is the primacy of patriarchy as a system of domination that understands and supports the exploitation and consumption of animals.
[Summary]

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