Numéro 2

N° 2 | 2015 – Transféminismes

Transfeminisms

Coordination

Kira Ribeiro et Ian Zdanowicz

Version électronique téléchargeable en libre accès, en intégralité et par articles séparés.

Numéro intégral

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Introduction

Kira RIBEIRO et Ian ZDANOWICZ
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Manifeste

Miriam SOLÁ
Le transféminisme et ses transgressions. Introduction au « Manifeste pour une insurrection transféministe » (p. 4-7)
(traduction de l’espagnol par Eva Rodriguez et Karine Espineira)
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Rencontre

Dean SPADE
Construire des politiques centrées sur les plus vulnérables. Entretien avec Dean Spade par Kira Ribeiro et Ian Zdanowicz (p. 8-22)
(traduit de l’anglais par Michele Greer et Keivan Djavadzadeh)
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Traduction

Sandy STONE
L’Empire contre-attaque : un manifeste posttranssexuel (p. 23-41)
(traduction de l’anglais par Kira Ribeiro)
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Frictions

Karine ESPINEIRA
Pour une épistémologie trans et féministe : un exemple de production de savoirs situés (p. 42-58)
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[Résumé / Abstract]

Francesca ARENA, Silvia CHILETTI et Jean-Christophe COFFIN
Psychiatrie, genre et sexualités dans la seconde moitié du XXe siècle (p. 59-75)
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[Résumé / Abstract]

Ian ZDANOWICZ
L’architecture du passing : la place, le regard, le mouvement (p. 76-91)
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[Résumé / Abstract]

Flo-René MORIN
Le tranimal est politique : Stalking Cat, le paradigme transsexuel et les frontières de l’humain (p. 92-107)
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[Résumé / Abstract]

Athena COLMAN
Crossing Spaces, Traversing Styles: A Transfeminist Mobilization of Merleau-Ponty (p. 108-123)
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[Résumé / Abstract]

Arsenal

Cristina CASTELLANO
Transfeminismos. Epistemes, fricciones y flujos, Miriam SOLÁ et Elena URKO (comp.), Tafalla Nafarroa, Txalaparta, 2013. (p. 124-127)
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Gaël POTIN
La Transyclopédie. Tout savoir sur les transidentités, Karine ESPINEIRA, Maud-Yeuse THOMAS et Arnaud ALESSANDRIN (dir.), Paris, Éditions Des ailes sur un tracteur, 2012. (p. 128-132)
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Alexandre BARIL
Excluded. Making Feminist and Queer Movements More Inclusive, Julia SERANO, Berkeley, Seal Press, 2013. (p. 133-136)
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Guillaume ROUCOUX
The Transgender Studies Reader 2, Susan STRYKER et Aren Z. AIZURA (dir.), New York, Londres, Routledge, 2013. (p. 137-140)
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Résumés / Abstracts

Karine ESPINEIRA
Pour une épistémologie trans et féministe : un exemple de production de savoirs situés (p. 42-58)

Résumé : Cette contribution propose une réflexion sur la construction d’une épistémologie trans et féministe au sein de l’université quand on se pense comme membre d’un groupe subalterne. L’articulation des statuts d’insider et d’outsider (les limites et les avantages à être « du dedans » et « du dehors ») montre la construction de savoirs situés dans une dynamique constructiviste de l’espace public et de l’espace académique. Le métarécit de la recherche sur laquelle nous nous appuyons (une thèse de doctorat sur la construction médiatique des transidentités) donne les exemples d’une inscription dans les épistémologies féministes et des ouvertures inspirées par les Trans Studies anglo-saxonnes. Nous étudions et analysons les termes d’un discours sur soi comme étape nécessaire vers un au-delà de l’appartenance morale, de l’intimité et de la familiarité avec le terrain étudié. Pour ce faire, nous revenons plus précisément sur la notion d’épistémologie du point de vue (standpoint epistemology) proposée par Donna Haraway et ses développements. Avec les savoirs situés nous déplaçons le sujet dans le champ de la philosophie et reconnaissons le sujet trans comme sujet de savoirs grâce aux outils de la pensée féministe.
[Sommaire]

Abstract: This contribution offers a reflection on the construction of a feminist and transepistemology within the Academy when one thinks of themselves as a member of a subaltern group. The articulation of insider and outsider status – the limits and advantages of being “within” and “out of” – reveals the construction of situated knowledges within a constructivist dynamic of public and academic space. This paper is based on a research – a PhD thesis on the media construction of transidentities – whose metanarrative provides examples of an inscription within feminist epistemologies as well as thoughts inspired by Anglo-Saxon Trans Studies. We study and analyze the terms of a self-narrative as a necessary step to go beyond moral ties, intimacy and familiarity with the field of study. In order to do so, we go back on the notion of standpoint epistemology as it has been proposed by Donna Haraway and as it has been developed since then. With situated knowledges, we inscribe the subject within the field of Philosophy and we recognize the transsubject as a subject of knowledge through a feminist framework.
[Summary]

Francesca ARENA, Silvia CHILETTI et Jean-Christophe COFFIN
Psychiatrie, genre et sexualités dans la seconde moitié du XXe siècle (p. 59-75)

Résumé : Les diagnostics cliniques et les différentes nosographies psychiatriques qui ont été établies dans la deuxième moitié du XXe siècle, notamment dans les différentes éditions du manuel américain de diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM), montrent qu’un nombre très significatif de troubles sont envisagés comme étant genrés. Plusieurs controverses ont marqué l’histoire de ces diagnostics depuis les années 1950 : d’abord celui des sexualités et de leurs frontières floues, ensuite la notion controversée d’identité de genre, enfin la problématique des troubles périnataux. Si le principe de différentiation constitue un élément incontournable de la pensée psychiatrique, le façonnage et l’usage du concept de « genre » révèlent des tensions entre la psychiatrie et la société (notamment les mouvements gay, féministes et trans) mais aussi au sein de la psychiatrie elle-même. Il apparaît évidant que, dans les classifications psychiatriques, les normes sociales de genre sont intégrées de manière passive et acritique, au point que l’usage du concept de genre peut amener à l’inverse à renforcer la naturalisation des comportements alors même que, dans les sciences sociales, il est utilisée pour interroger et déconstruire la prétendue naturalité de la différence des sexes.
[Sommaire]

Abstract: Clinical diagnoses and nosographies, that have been establishedduring the 2nd half of the 20th century, show that a significant number of mental troubles are defined by gender difference. Nonetheless, the history of these categories has been characterized by a great deal of controversy: about the topic of sexualities and their blurry définitions, the contested definition of gender identity and puerperal diseases. It seems clear that the principle of differentiation represents a key element of psychiatric thought, nonetheless the making up and the use of the psychiatric concept of “gender” reveal big conflicts and delicate negotiation between psychiatry and society (namely gay, feminist and transmovements), but also among psychiatry itself. If, social sciences use the concept of “gender” in order to question and deconstruct the supposed naturality of sex difference, psychiatric classifications seem to adopt the concept of gender and gender difference in a passive and acritical way, which often leads to a reinforced naturalisation of human behaviours.
[Summary]

Ian ZDANOWICZ
L’architecture du passing : la place, le regard, le mouvement (p. 76-91)

Résumé : La majorité des travaux sur le passing en analyse la dimension identitaire, corporelle ou optique. La dimension spatiale est plus rarement au cœur de la réflexion. Cet article souhaite combler cette lacune à travers une généalogie spatiale du passing. Afin de saisir la logique du passing, il faut commencer par comprendre l’espace où cette tactique est née. La première partie présente le dispositif architectural qui l’a produit : la ségrégation raciale aux États-Unis pendant l’époque dite « Jim Crow ». Les questions auxquelles je souhaiterais répondre sont les suivantes : quelles conditions matérielles et scopiques instaurent ce type d’espace afin de produire une riposte telle que le passing ? Qu’est-ce que l’espace compartimenté, dichotomique et quadrillé de la ségrégation raciale inflige aux vies qui l’habitent ? Quels sont les liens entre la hiérarchie des vies, la notion de la place et du regard ? Il s’agit de proposer l’étude de l’anatomie de cet espace afin d’interroger dans la dernière partie le passing des personnes trans. Comment peut-on penser le passing trans à travers la question de l’architecture de la ségrégation raciale ? Quels liens peut-on faire entre ces deux cadres spatiaux-temporels ? Est-il possible de faire une typologie du passing selon les types d’espaces où il apparaît ?
[Sommaire]

Abstract: The majority of work that analyzes passing is focusing on its identity, bodily or scopic dimension. The spatial dimension is rarely at the heart of reflection. This article wants to fulfill this gap through a spatial genealogy of passing. In order to grasp the logic of passing, weshould first understand the space where this tactic was born. Therefore, the first part presents the architecture of racial segregation in the United States during the « Jim Crow’s” era. The questions I would like to answer here are: what material and scopic conditions establish the type of space that produces such a response as passing? What does the compartimentalized and dichotomous space of racial segregation inflict to lives that inhabit it? What are the connections between hierarchy of lives established by racial segregation, the notion of place and the gaze? The aim of this article is to propose a study of the anatomy of the space of racial segregation in order to rethink the passing of trans people. How canwethink passing of trans people through the question of the architecture of racial segregation? What links canbe made between these two space-time frames? Is it possible to make a typology of passing according to different types of spaces where it appears?
[Summary]

Flo-René MORIN
Le tranimal est politique : Stalking Cat, le paradigme transsexuel et les frontières de l’humain (p. 92-107)

Résumé : Cet article propose une analyse des discours sur la tranimalité de Stalking Cat, c’est-à-dire sur sa transition d’homme vers tigresse. J’y explore dans un premier temps les relations entre le « récit de soi » de Stalking Cat et le paradigme transsexuel hégémonique. Ce modèle architectural, fondé sur une compréhension essentialiste du corps et de l’identité, que j’appelle le récit trans-alpha, fonctionne comme une légitimation des pratiques et modifications corporelles déviantes de Stalking Cat. Dans un second temps, je m’intéresse à la porosité de la frontière entre l’humain et l’animal, et à ce que cette frontière a d’éminemment politique. L’imbrication de l’humain et de l’animal au niveau organique conduit logiquement à la désontologisation de l’espèce, et à appréhender l’humaineté comme un système normatif. Enfin, je présente une politique trans/monstre, en m’inspirant de la reconceptualisation par Nikki Sullivan des modifications corporelles, qui permet d’ébranler l’exceptionnalisme trans et incite à créer des alliances le long du continuum des somatomorphes plutôt que de s’enliser dans le marécage conceptuel de la « transidentité ».
[Sommaire]

Abstract: This article offers an analysis of the discourses on Stalking Cat’s tranimality, meaning hirs transition from man to female tiger. I start by exploring the relationships between Stalking Cat’s account of hirself and the hegemonic transsexual paradigm. This conceptual model, founded upon an essentialist view of the body and identity, and which I name the trans-alpha narrative, functions as a legitimization of Stalking Cat’s deviant body modifications and body practices. I secondly show how porous the boundary between human and animal is, and I posit that this boundary is a highly political site. The fact that the human and the animal are organically intertwined leads to a deontologization of species, and allows us to understand the « human » as a normative system. Inspired by Nikki Sullivan’s reconceptualization of body modification, I finally present a trans/monstruous politics that destabilizes transexceptionnalism, and prioritizes alliances along the continuum of somatomorphs over the conceptual trap of a trans “identity”.
[Summary]

Athena COLMAN
Crossing Spaces, Traversing Styles: A Transfeminist Mobilization of Merleau-Ponty (p. 108-123)

Résumé : Dans un effort pour contribuer aux possibilités de la théorisation transféministe, je propose, dans cet article que, grâce à son élaboration du concept de style, Maurice Merleau-Ponty dégage un espace où la subjectivité est possible, sans toutefois réduire cet espace à un sujet identique à lui-même ni non plus réduire la singularité de l’expérience incarnée. Je distingue cette conception de l’analyse bien connue de Judith Butler concernant le déploiement performatif du genre comme « répétition stylisée d’actes » et soutiens que la théorie de la performativité du genre de Butler repose sur une notion phénoménologique non-développée de ‘sédimentation’, et présuppose donc une conception de la corporalité et de la subjectivité qu’elle nie expressément. Je soutiens que l’affirmation par Merleau-Ponty que chaque forme d’être exprime un style d’être au monde suggère un « espace sensible » vécu dans un horizon temporel, et peut donc nous aider à élaborer une façon de penser le genre comme un style qui soit ontologiquement « trans » à sa base.
[Sommaire]

Abstract: In an effort to contribute to the possibilities of transfeminist theorization, the following paper proposes a consideration of gender in terms of style. In what follows, I suggest Maurice Merleau-Ponty’s articulation of style locates a space for the possibility of subjectivity without reducing that space to a self-identical subject and without disenfranchising the singularity of embodied experience. I distinguish this account from Judith Butler’s well-known performative deployment of gender as a “stylized repetition of acts,” (1988, 519; 1999 [1990], 179) and argue that Butler’s theory of gender performativity relies upon an unelaborated phenomenological notion of ‘sedimentation,’ and thus depends upon an account of embodiment and subjectivity that it expressly denies. I argue that Merleau-Ponty’s claim that every form of being expresses a style of being (1997 [1964], 139) indicates a “sensible spatial” experienced in a temporal horizon and can begin to concretize a way of thinking about gender in terms of style which is ontologically ‘trans’ at its core.
[Summary]