CFP « CONVERSIONS »: Religions, transmutations et politiques

Appel à contributions

N° 2 | 2015 – Conversions : Religions, transmutations et politiques

Coordination : Nadia Fadil, Guillaume Roucoux.

Version complète à télécharger ici (PDF).

Résumé

Selon la première édition du Dictionnaire de l’Académie Française (1694), la conversion désigne le «changement», la «transmutation», bien qu’elle «se di[se] aussi en matière de Religion, & de morale, et signifie changement de croyances, de sentiments, & de mœurs de mal en bien». Si l’acception religieuse fut reléguée au second plan dans ce dictionnaire et les suivants, elle devint première dans l’étude de la conversion, sous l’impulsion de la théologie. En ce sens, et à travers l’histoire, l’anthropologie, la sociologie et la psychologie sociale ou la transdisciplinarité (Brandt et al., 2009 ; Bakhouche et al., 2012), la conversion a acquis un intérêt scientifique croissant au cours du XXe siècle, en dépit de la sécularisation de nos sociétés et du déclin de l’influence religieuse sur les individu·e·s.

Héritières d’une culture chrétienne, les premières études de la conversion la conçoivent sur le registre ponctuel et imprévisible de l’éveil, de l’illumination, voire de l’extase (Starbuck, 1900 ; Clark, 1929). Ce n’est qu’au cours du XXe siècle que la conversion se voit redéfinie et conceptualisée, d’abord relativement à l’héritage ; plus tard, au pèlerinage (Hervieu-Léger 1999). L’apparition de nouveaux mouvements religieux donne une ampleur et une visibilité accrues aux phénomènes de conversion. Une multitude de modèles vont naître des sciences sociales, comme le modèle inaugural de Lofland et Stark (1965, Lofland 1977 ; Snow et al. 1980). Avec celui-ci, et des études subséquentes, la définition de la conversion change radicalement : il ne s’agit plus d’un évènement ponctuel, mais d’un processus ou d’une carrière (Richardson et al., 1977 ; Richardson, 1978 ; Bankston et al., 1981). On s’intéresse à en connaître les motifs (Lofland et al., 1981) et ses effets sur la personnalité (Travisano, 1975 ; Straus, 1976 ; Dawson, 1990 ; Barker, 1995). Le débat scientifique s’intensifie alors sur le rôle «actif» ou «passif» de l’individu, conduisant à interroger la conversion au regard du recrutement (Richardson, 1985). Riche de sens, la conversion est aussi l’occasion de penser d’autres notions et expériences, parmi lesquelles l’engagement (Lynch, 1977 ; Richardson, 1977 ; Stapples et al., 1987), l’addiction (Simmonds, 1977), voire l’infection (Laycock, 2010).

Cette esquisse de généalogie de la conversion religieuse montre qu’à force d’interrogations, d’analyses, d’affinages, d’usages voire d’usures théoriques, elle n’est devenue qu’un thème classique des sciences religieuses. Alors qu’en dehors de ces dernières, elle semble s’être développée en un outil capable de décrire divers phénomènes. La conversion dépasse aujourd’hui le seul registre du religieux. En proposant de la retravailler en l’état, c’est-à-dire à partir de sa pluralité descriptive, ce numéro entend exhumer et valoriser ses autres acceptions, éventuellement en créer de nouvelles, avec l’ambition de lui insuffler un pouvoir critique et lui restituer sa qualité de concept (Baillé, 2007). Ce faisant, nous posons aussi la question du rapport entre la conversion et ce que Michel Foucault a décrit comme le «souci de soi» : le travail discursif, affectif et corporel de soi dans une optique de transformation de soi. En ouvrant ce concept à d’autres réalités, nous souhaitons aussi nous interroger sur la pertinence de ce signifiant et sa fonction dans les discours. Que se passe-t-il lorsqu’une transformation sociale (quelle qu’elle soit) est marquée par le terme «conversion» ? Et quel est le rapport entre ces phénomènes et tout le travail sur soi qui est opéré de façon quotidienne par chaque sujet ? Pouvons-nous affirmer que la conversion opère comme un concept analytique neutre, ou est-ce que ce concept joue un rôle particulier dans le processus de dénaturalisation de certaines (et lesquelles ?) pratiques de transformations de soi ? Le but de ce numéro est d’en faire une catégorie d’analyse utile dans le travail des enjeux et des rapports de pouvoir qui structurent et li[mit]ent à la fois nos vies, nos pensées, nos désirs, nos corps et nos espaces. Les auteur·e·s sont invité·e·s à inscrire leur proposition d’article dans un ou plusieurs des trois axes suivants.

AXES
  1. Conversions religieuses, catégories sociales et rapports de pouvoir.
  2. Conversions des corps et transmutations identitaires.
  3. Conversions stratégiques et menaces politiques.
DATES LIMITES et CONTACT
  • Date limite de réception des propositions d’articles : 15 avril 2014
    Notification de la première phase de sélection : fin avril 2014
  • Date limite d’envoi des articles complets pour double évaluation à l’aveugle : 1er octobre 2014
    Acceptation définitive des articles : mi-octobre 2014
  • Publication : Printemps 2015
Publicités